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Développement durable, évaluation environnementale

L’état des ressources et du cadre de vie, un facteur essentiel de santé (diagnostic)

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publié le 13 février 2014 (modifié le 27 janvier 2020)

Par l’air, les sols, l’eau et l’alimentation, la population est exposée à des substances chimiques ou des agents biologiques ou physiques d’origine environnementale. Même si la relation causale entre pollution des milieux et pathologie demeure complexe à établir, et que tous les risques sanitaires d’origine environnementale n’en sont pas au même niveau de connaissance, l’impact sanitaire de certaines contaminations des milieux est aujourd’hui avéré. Les différents polluants environnementaux coexistent et sont susceptibles d’interagir entre eux, leurs effets combinés demeurant peu ou pas renseignés. Des actions sont entreprises dans le cadre du PRSE 2 pour une amélioration de la connaissance et de la gestion de sites concernés par une surexposition environnementales en région (points noirs environnementaux). C’est notamment dans ce contexte qu’a été engagée une étude sur la santé et la qualité de vie des habitants du bassin industriel de Salindres dans le Gard, actuellement toujours en cours.

La pollution de l’air à l’origine de certaines pathologies

En matière de qualité de l’air, les risques ne sont pas exclusivement liés aux épisodes ponctuels de pollution mais aussi à des expositions chroniques dont les effets sont plus difficiles à quantifier. Au-delà des effets les plus légers et les plus fréquents que sont des irritations (nez, yeux, gorge, poumons…) et toux, la pollution de l’air a un rôle dans le développement ou l’aggravation de nombreuses pathologies, plus particulièrement pour les populations sensibles (enfants, personnes âgées…) : asthme, allergies, insuffisances respiratoires, maladies cardiovasculaires, cancers… Elle est une cause d’augmentation de la morbidité voire de la mortalité prématurée. Des effets sont observables même pour de faibles niveaux de pollution. Les pollens peuvent interagir avec les polluants atmosphériques, ces interactions aggravant la sensibilité immunologique aux pollens.

La qualité de l’air est le seul domaine où l’on dispose d’études épidémiologiques au niveau régional, pour des effets sanitaires à court et à long terme. Même si la qualité de l’air est globalement bonne en Languedoc-Roussillon au regard d’autres régions, les études menées localement (Montpellier, Nîmes, Perpignan) montrent, comme celles de niveau européen ou national, qu’une diminution de la pollution aurait un réel gain sanitaire pour la population. Les études montrent aussi que ce gain sanitaire est plus important en réduisant la pollution de fond (les concentrations moyennes de polluants) que seulement les pics de pollution. Ainsi, par exemple à Montpellier, l’étude met en évidence qu’une baisse des concentrations moyennes annuelles en particules fines (PM2,5) de 5 μg/m³ permettrait d’éviter chaque année à court terme (effets se manifestant quelques jours après l’exposition), 10 décès anticipés, 20 hospitalisations pour motifs respiratoires et 20 hospitalisations pour motifs cardiaques. A long terme (contribution de la pollution à la survenue de maladies) cela permettrait d’éviter 100 décès anticipés et 4 mois de vie perdus pour les montpelliérains.

Une qualité des eaux distribuées globalement satisfaisante mais localement quelques situations critiques

L’eau distribuée et destinée à la consommation humaine ne doit pas présenter de risques pour la santé. Elle doit respecter des exigences de qualité réglementaires, de façon à pouvoir être bue sans effet néfaste pour la santé.
La qualité de l’eau distribuée en région, globalement satisfaisante, ne respecte pas en permanence les normes sanitaires dans quelques collectivités. Les principaux paramètres concernés sont (population concernée en 2009) :

  • la bactériologie : 4,4% de la population régionale alimentée par une eau de mauvaise qualité ou dépassant occasionnellement les limites de qualité, essentiellement dans de petites collectivités en zone de montagne,
  • les pesticides : 5% de la population desservie par une eau ayant présenté ponctuellement des dépassements de la limite de qualité et près de 6 % desservie par une eau dont la teneur moyenne a dépassé la limite de qualité, les cas de non-conformité pouvant être le plus souvent rattachés à la présence d’activité agricole, principalement viticulture, maraîchage et arboriculture,
  • les nitrates : moins de 1% de la population alimentée par une eau dépassant les 50 mg/l, pour l’essentiel dans le Gard,
  • l’arsenic : moins de 1% de la population concernée par des dépassements des seuils règlementaires, pour moitié dans les communes cévenoles du Gard, et pour un tiers en Lozère (contamination d’origine naturelle due aux roches éruptives et métamorphiques).

Le recours à des ressources alternatives (puits et forages, récupération eau de pluie) tend à se développer posant aussi des difficultés en termes de qualité des eaux et de son suivi. Par ailleurs, la présence de résidus médicamenteux dans l’eau potable est considérée aujourd’hui comme un risque émergent particulièrement à enjeu en région (dimensionnement des stations d’épuration devant répondre aux afflux touristiques, densité des structures médicales et paramédicales).

La distribution d’une eau potable de bonne qualité passe par des mesures préventives (diminution des flux polluants et protection des captages), et curatives (équipements de traitement adaptés) mais souvent onéreuses (par exemple pour le traitement de l’arsenic). Des actions sont menées par la profession agricole pour réduire les apports de pollutions diffuses (mises aux normes des bâtiments d’élevage, mesures agri-environnementales…). Des plans d’actions doivent être mis en place dans les zones soumises à contraintes environnementales des aires d’alimentation des 46 captages dits prioritaires, dont 31 d’ici 2012 (captages « Grenelle »), en 2015 pour les autres. Par ailleurs, la mise en place des périmètres de protection contre les pollutions ponctuelles accuse encore un retard important en région (le plan national santé environnement fixait un objectif de 100% pour 2010), la région se situant néanmoins au-dessus de la moyenne nationale en termes de débit (80% des débits couverts par un périmètre contre 70% à l’échelle nationale, soit plus des trois-quarts de la population régionale).

Une qualité sanitaire des eaux littorales conditionnant des activités économiques importantes pour la région

De la qualité sanitaire des eaux littorales dépendent deux activités de premier plan pour l’économie locale : les activités balnéaires et la conchyliculture. Elle est évaluée à partir des analyses bactériologiques (coliformes et streptocoques fécaux) et des métaux lourds.
En 2012, la plupart des sites de baignade (principalement en eau de mer, et quelques sites en eau douce) était d’une qualité conforme aux normes européennes, avec cependant une majorité de sites en qualité moyenne. Les quelques sites non conformes (une dizaine) sont situés en majorité dans l’Hérault. Ils peuvent faire l’objet d’une interdiction de baignade. A partir de fin 2013, l’évaluation des eaux de baignade évolue pour intégrer les prescriptions de la directive "Eaux de baignade". Elle classera la qualité des eaux en 4 catégories, excellente, bonne, suffisante et insuffisante. La directive fixe comme objectif d’atteindre à la fin de la saison 2015 une qualité au moins suffisante.
Les profils de baignade (ou profils de vulnérabilité) doivent apporter des éléments de connaissance sur les sources de pollution et l’état des eaux (eau de mer et eaux douces). Leur élaboration, qui devait s’achever au plus tard en mars 2011, a pris du retard, comme sur l’ensemble du territoire national. Ils sont plutôt bien avancés dans l’Hérault et le Gard, et moins bien dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales.
Par ailleurs, les piscines des établissements type campings, hôtels, piscines municipales, résidences, parcs aquatiques, centres de remise en forme… font l’objet d’un suivi par l’ARS (environ 3000 bassins pour 1800 établissements). En 2010, plus de la moitié des prélèvements étaient non conformes, de manière plus fréquente dans les équipements saisonniers que permanents et davantage pour les paramètres physico-chimiques que bactériologiques (effets irritants à court terme, voire plus graves à long terme, du fait de la présence de substances chimiques en quantités indésirables).

Les zones de production conchylicoles (élevage ou pêche de gisements naturels) sont soumises à une surveillance sanitaire sur la base de paramètres microbiologiques et chimiques (suivi par les réseaux de contrôle REMI et ROCCH). En 2012, sur 32 zones classées et suivies, près de 30% ont une qualité estimée non conforme à leur classement initial (dégradation). Parmi celles-ci, deux ont fait l’objet par la suite d’un déclassement par arrêté préfectoral (de la classe B à C). L’état actuel des données ne permet pas, dans la plupart des cas, de donner une tendance d’évolution de la qualité microbiologique de ces zones. Les 3 sites suivis exclusivement par le ROCCH sont conformes aux seuils du règlement sur les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires.

Les pollutions industrielles et agricoles

La qualité des sols peut être affectée par les impacts des activités humaines : pollutions liées aux activités industrielles, à l’agriculture, aux pratiques d’épandage, aux retombées atmosphériques… Un sol pollué devient à son tour une source possible de diffusion directe ou indirecte de polluants dans l’environnement, via l’eau, les envols de poussières, les émanations gazeuses ou via reconcentration et transfert de polluants par des organismes vivants (bactéries, champignons, plantes à leur tour mangées par des animaux…), avec des impacts sur la santé des populations. La part des effets sanitaires attribuables à la pollution des sols est cependant difficile à évaluer. Elle dépend de la nature des polluants, de l’usage qui est fait des terrains en cause, des caractéristiques du site, des habitudes de la population…
En Languedoc-Roussillon, le nombre de sites pollués est relativement faible (une centaine de sites, 2% de l’inventaire national) et leur réhabilitation assez bien avancée. La pollution d’origine agricole se rapporte principalement à des teneurs en cuivre parfois élevées, utilisé dans la viticulture. Outre la pollution du sol, cette molécule peut se retrouver dans l’eau, sous l’effet de l’érosion.

Des risques sanitaires liés aux espèces végétales (pollens) ou animales (vecteurs de maladies)

Ils sont de 2 natures, les allergies liées aux pollens de certaines plantes et les maladies à vecteur (moustique en particulier).

L’allergie au pollen de Cupressacées est reconnue comme une priorité de santé publique en Languedoc-Roussillon, depuis la conférence régionale de santé de 1998. Dans la région, le pollen de Cupressacées, et en particulier de cyprès, occupe la première place au rang des quantités annuelles de grains de pollen émis dans l’atmosphère, les cyprès étant couramment utilisés comme plante d’ornement ou comme haie dans les lotissements. Des cartographies d’alerte sont publiées pour informer les publics sensibles. Par ailleurs, la présence de l’ambroisie est relevée en région depuis plusieurs années. Le Gard est particulièrement concerné, mais son extension est visible chaque année et l’ensemble de la région pourrait être concernée. Des actions de sensibilisation et de préventions sont à mettre en place avec les collectivités et les populations. Des bulletins de surveillance "pollens" sont accessibles sur le site de l’ARS.

Bien que nuisants, tous les moustiques ne transmettent pas de maladies. Aedes albopictus est un moustique d’origine tropicale, également appelé « moustique tigre », mis en évidence dans le Gard, l’Hérault, l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Il est le vecteur potentiel de deux maladies virales : la dengue et le chikungunya. Aucun moustique n’est actuellement contaminé ou porteur de ces virus en métropole. Pour être contaminant, il doit d’abord avoir été en contact avec une personne malade (voyageur revenant des zones géographiques où sévissent ces maladies). Une surveillance des territoires concernés et une surveillance épidémiologique ont été mises en place. Sa propagation de proche en proche est rapide ; elle est liée à la présence d’eaux stagnantes à proximité d’habitations (gites pour les œufs et les larves). L’élimination et la gestion de ces points d’eau permet de limiter sa présence mais en aucun cas de l’éliminer. Il sera donc nécessaire d’apprendre à vivre avec lui.



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